© Lettres d'ailleurs, d'ailleurs

Dits et écrits : espaces intérieurs, temps présents flottant entre passés irrémédiables et avenirs à peut-être venir. Mots jetés, paroles à confronter, idées à (dé)partager. (sauf indication contraire, peintures, dessins et photos sont de l'auteur avec ©)

19 décembre 2007

la prégnance d'une idée

 

Il est un arbre à Mycènes que le cerveau des Atrides inlassablement nourritle_cerveau_de_l_arbre_de_myc_nes

Parfois, lorsque ressurgit le souvenir de cet arbre autre déjà décrit,  je le vois  de nouveau dressé devant moi et les subtiles sensations  qui  tissèrent alors cet instant unique se recomposent l'une après l'autre dans un ordre qui, dissimulé derrière un hasard de pacotille, relève nécessairement du cheminement rigoureux de mes pensées d'alors et de mon état d'esprit présent.

Gossamer feelings ou bien encore a touch of gossamer. C'est en anglais que j'atteins au plus près cette sensation où se mêlent les fils de la vierge, le tissage d'un instant, le léger bruissement des pensées et des regards, l'immobilité cristalline de ces quelques secondes que leur intensité  rendit éternelle.

De ces arbres, jalons de ma vie, j'aimerai citer les rencontres. Il y eut le gigantesque fromager ivoirien qui se détachait d'un impénétrable mur de feuillages. Il se dressait solitaire derrière cette grouillante barrière  de veines et branchioles tissée sur le long cours du fleuve que nous remontions par delà  Sassandra dans la forêt équatorienne et qui rendait inaccessible toute approche de la terre ferme ; il y eut l'hippocampe timide, que le feuillage d'un hêtre avait un jour dessiné et qui depuis des années, hiver comme été dévoilait à qui voulait bien le regarder sa fine silhouette gracile ; il y eut le mélèze priapique sorte d'extra-terrestre géant à la têtre caprine, au sexe feuillu toujours  brandi à la recherche bien improbable d'une vulve boisée ; Cap0004il y eut le porte-gueule de la forêt de Balleroy qui à chacune de mes venues jamais ne manquait de grimacer le même sourire narquois, attendant qu'un pivert vienne enfin picorer et clore son immobile regard ; il y a enfin cette barre de porte-Dieux qui toujours clôt mon horizon brouaysien. De ma fenêtre je les distingue dissimulés dans le jeu des verts et des bleus sombres, parfois souriants, parfois moqueurs, toujours interrogateurs. Suppliantes silhouettes peut-être ? Prêtes à tout pour qu'un jour enfin quelque peuple innocent s'en vienne leur ouvrir les portails de leurs cathédrales désertées où ils s'ennuyaient à mourir, s'en vienne les repeupler et par simple humanité les prier et les adorer...

Posté par hubris36 à 17:00 - récits - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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