© Lettres d'ailleurs, d'ailleurs

Dits et écrits : espaces intérieurs, temps présents flottant entre passés irrémédiables et avenirs à peut-être venir. Mots jetés, paroles à confronter, idées à (dé)partager. (sauf indication contraire, peintures, dessins et photos sont de l'auteur avec ©)

17 septembre 2009

toujours à propos de ce déménagement

Aux dernières nouvelles le site est partiellement transféré. L'adresse en est :

www.lettresdailleurs.over-blog.com Ne pas oublier le tiret entre over et blog sinon vous risquez d'être rejeté dans les vastes ténèbres de la Toile. Pour vous amuser : je ne peux pour l'instant y pénétrer qu'en visiteur, tout comme vous... Merci à Marie (d'ici) de son aide décisive !

Je tenterai d'améliorer, dès que possible la présentation et de faire apparaître vos commentaires.

A propos : Nous sommes dans quelle année de l'ère du web : AW 15 ou 20 ou plus ? Qui le sait ? En tout cas l'ère BW (before web) semble se perde dans la nuit des temps...

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07 septembre 2009

Des mots et des sons

“I have never loved you so much in all my life.”

You answered, “Doesn’t love begin at the beginning?” ¹

Pourquoi ces deux vers de Robert Lowell apaisent-ils mon inquiétude aujourd’hui ? Pourquoi agissent-ils comme pierre blanche sur terre d’ombre ?

Sans doute parce qu’au-delà de leur sens, du contexte dans lequel ils furent prononcés, ils expriment ces rares fois où, par je ne sais quel miracle, nous trouvons les mots justes qui demandent et les mots justes qui répondent. Tout à coup, le seul souci est de composer un lien avec l’autre, lien qui relève plus de la musique que des paroles, lien qui, dépassant les formes linguistiques soudain devenues inutiles s’en vient fouiller au plus profond de notre être : plus de sens à parcourir, juste l’harmonie ; on s’en satisfait.

Alors éclate l’évidence : seule cette question pouvait être posée, seule cette réponse pouvait être donnée - à ce moment là, entre ces deux là. Avec ces mots là.

Dialogue si rare qu’il en devient presque  impossible ?

Robert Lowell ne s’y trompe pas qui place ces deux vers dans un rêve. « Father in a dream ,» ² annonce-t-il.

Le fils s’y adresse au père, mort peut-être ?

L’éclatante concision minérale que peut avoir la langue anglaise - je ne parle pas ici de cette langue flétrie, mercantile et obscène qui n’est qu’un sinistre outil de communication – mais de celle qui roula sa bosse depuis Chaucer jusqu’à e e cummings (qui ne voulait pas de majuscules à son nom) ou Dylan Thomas, est infiniment difficile à rendre en français notre belle langue, si fluctuante, si lyrique qui derrière ses volutes esthétiques force néanmoins à l’interprétation.

Tentez donc de traduire ces deux vers comme je m’y suis amusé. Pas de souci avec le premier, quoique...

Le second, en revanche est furieux. On peut y mettre tant de mondes différents, tant de Weltanschauung, tant de cosmogonies, tant de sensibilités qui tous et toutes ne manquent pas de trahir ce que voulait exprimer le poète. Mais après tout qu’importe : au commencement était l’amour sans quoi il n’y aurait pas eu de commencement, n’est ce pas !

Et puis un poète n’est-il pas fait pour être trahi...

****

¹ « De toute ma vie, je ne t’ai autant aimé. »

   Tu m’as répondu, « L’amour ne naît-il pas au tout premier instant ? »

² « Le père, en rêve »

****

Robert Lowell, Selected poems, The noonday Press,

New York

. 14th printing – 1992

p. 197

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10 juillet 2009

une soirée à Bercy avec Leonard Cohen en juillet 2009

Chers amis,

A peine 24 heures se sont écoulées que déjà des "Cohenites" avertis ont publié sur You Tube quelques instants de ce concert de Leonard Cohen "at his best." C'est le "Partisan" que vous pouvez écouter ici.

Aux paroles : " et j'ai tant d'amis" Leonard a ajouté " dont de nombreux sont ici ce soir." L'effet est facile certes, mais pour celles et ceux dont des parents ou des proches ont souffert des génocides du XXème siècle cette chanson porte témoignage. Elle raconte la cruauté, la haine dont les hommes sont capables mais elle proclame aussi, à sa douce manière, l'indéfectible amitié et le courage sans borne dont ils peuvent parfois faire preuve. Lorsque dans une banale salle de spectacle, les quelque deux mille spectateurs, toutes  générations confondues, sont emportés par l'émotion vous vous sentez pour quelques instants vaguement rassuré de faire partie de l'espèce humaine...jusqu'à la prochaine ignominie qu'un jour, certains de ses membres ne manqueront pas de commettre, hélas.

Ces mots sont d'une grande banalité, n'est ce pas ? Tout comme le bien et le mal, ma foi, tout comme notre quotidien qui parfois pourtant sait s'embraser et nous brûler de bonheur ou de malheur... Ce soir, j'ai simplement envie de partager avec vous qui me faites l'immense bonheur et l'honneur de me lire, quelques-unes des minutes de grâce de cette belle soirée.

Paul 

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23 juin 2009

aller-retour

L_Annonciation

Depuis la lecture de "Kafka sur le rivage," Haruki Murakami ne me lâche plus. Un des courts récits de "Après le tremblement de terre" m'arrache en cette fin d'après-midi au bleu trop vif d'un ciel normand d'ordinaire habité par plus de nuances et de préciosité.

Murakami y parle d'une pierre, celle-là même qui hante presque tous ses récits et qui, depuis peu de jours, semble avoir choisi mon corps pour y prendre racine. Est-elle noire ou blanche, lourde de son granit ou légère de sa lave, je ne sais, tant elle change, se resserre ou se déploie au fil de mes heures selon que je trace un trait sur une toile, tente de faire prendre encre à une idée ou m'efforce de sourire lorsque j'espère que la main de Marie dans l'Annonciation de Van der Weyden pourrait soudain s'abaisser vers moi et tendrement apaiser ma tristesse, mon inquiétude.

N'est-ce pas d'ailleurs une des rares Annonciations où, encore et malgré tout humaine, elle semble marquer une hésitation, une inquiétude ? N'esquisse-t-elle pas un refus tant ce qui sera accompli sera effroyable ? "Je suis venu te jouer un tour, dit l'Annonciateur aux ailes insuffisantes, le noir de ton manteau de deuil est encore bien précoce, le rouge de ta couche clame la fin de toutes les innocences et dans ce livre que tu tiens tu pourrais déjà lire tous vos avenirs accomplis...

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10 juin 2009

ce matin, mauve-grognon...

Dans mon minuscule théâtre tragique, personnel, portatif, bruissent et me brûlent tous mes écrits tus bien plus que mes écritures...

Par la fenêtre de la salle où j'écris, se distingue, lointaine, une muraille de verdure où les silhouettes des dieux mourants, animées de vent, en vain réclament nos prières.

Ce matin, mon humeur, mauve-grognon, me pousse à vous offrir, maigre pâture à vos commentaires, ces quelques lignes prises au vif de ma vie - au texte précédent, confondues.

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25 mai 2009

Dis moi, ma bien aimée, l'immortalité, c'est pour quand ?

Innocent dans le noir

Toi, antinomique

au visage de cire

mon immobile père

            quitté par ce qui est

La mémoire de mes mains

retient pour une vie

la marque inachevée de ton œil prévisiblel_immortalit_

Absence insensée de ton corps défait

retenu à demi par cette boîte intense

Silence souligné du rideau d’hôpital

quand triste tu murmurais

- je n’en peux plus

                        de vivre –

mais hoquetant tu glisses

porphyre au sable grège

vers ta mort accomplie

innocent dans le noir

pourtant impardonné

tu es le froid envers

                        de mes rêves d’enfant.

(Poème ici modifié ; déjà publié dans mon recueil « Sulfures au Corps » ISBN : 274830057-2)

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12 mars 2009

figurations et mélanges

"Toute peinture est figurante. On ne peut pas sortir de ce monde." La seconde phrase de Michel Deguy sonne comme un verdict. La rapprocher par jeu de " l'homme est l'affaire de l'homme "_ventail_20 de Lévinas permet d'y voir plus clair. Alors que Deguy tranche, restreint, enferme, Lévinas, comme presque toujours, offre l'homme à l'homme, le libère, lui reconnaît le droit d'exister hors de la tentation de la magie, hors de l'ailleurs sacré sans pour autant renier ce dernier.

Sur la toile, la pensée se peint. Projetée sur son support par le peintre qui en bon technicien reste maître de son geste elle n’en demeure pas moins libre, fluctuante, reprochable. Catalyseur, certes indispensable, sans qui rien ne serait, ne consent-il pas librement en un sens à être l’esclave de ce qui le meut et le contraint à peindre ? Le peintre qui articule l'oeuvre reconstruit par son geste la pensée déconstruite.

Préférer toujours l'espace lumineux de la feuille blanche ou de la toile à l'absence à soi même.

Mélanges

Mélanges instables

de ces flux qui tendent vers l’immobile étale.

Dans la faille du marbre où la fêlure dessine l’œuvre retenir

l’eau qui coule

            - dont la trace n’a plus d’ombre -

Dans mon regard interdit, luit l’absence.

Cernes noirs tracés sur la craie de ton visage

dévoré par la nuit.

Le fusain griffe le silence du blanc

       - criaillement de ses traits

                                      à l’incertain maîtrisé -

Mains croisées pourtant je demeure

tandis que ce matin mes murs dissimulent leurs pierres.

24 février 2009

tardivement être

Jadis, le temps m'était une notion inconnue. Rien ne le liait à moi, ni ses détours, ni ses passages. Le grand sablier de ses écoulements bruissait vaguement, délicate  miniature fichée sur une quelconque colline à l'horizon de mes paysages. J'arpentais des espaces que je croyais uniques, dont l'immensité illusoire semblait  jamais ne devoir en finir. Puis un jour, le sol que je foulais jusqu'alors à grandes enjambées, espace marmoréen aux veinules argentées, dont j'éprouvais à chaque pas l'infinie solidité en vint imperceptiblement à se dérober, s'effritant et s'enfonçant à chaque nouveau mouvement, devenant en un rien de temps incapable de me soutenir, de me mener vers une destination maintenant hors de portée, vers un but irrémédiablement compromis. C'est à cet instant de grand renoncement que la bande de Moebius dénouant soudainement ses noeuds se réduit à une ligne droite dont la proche extrêmité s'effondre dans un bouillonnement d'étoiles inconnues. Fin multivoque assurée pour nos âmes dissemblables.

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04 avril 2008

le malheur des pierres

Comme toujours l'épreuve quotidienne : Affrontant avec grande impatience le grignotement du temps, flottant tel bouchon de liège sur le constant brouhaha des flux qui s'entrecroisent, tourneboulé dans la tempête des pensées  qui jaillissent de tout corps habité - friable aiguillon de la matière - je m'efforce d'être.
Non, même pas. Ce verbe est trop fort, rugueux comme une pierre précisément ancrée au sol qui le soutient, qui se l'attache.
SNC13378

J'emprunte à Proust la phrase qui me semble définir ce que parfois, les jours de grande chance, je ressens : " ce sentiment de l'existence comme il peut frémir au fond d'un animal".
Mon expérience de la vie est alors semblable à ce léger souffle de conscience aboutie, cette flottante mousseline qu'un arachnéen tissage promet à la volupté d'une nuque de jeune fille. Fugace plus qu'éphémère, sensuelle et émouvante, moins chatoyante qu'irisée, expérience d'une fusion inattendue, espérée pourtant, comme l'extase du carbone lorsque, déplacées, ses molécules  s'épanouissent en diamant. Corolle d'un instant à l'éternel accolé.

(peinture de l'auteur)

21 mars 2008

vérité ou questionnement ?

Voici qu'il nous est proposé de rechercher la vérité... Rien à objecter, me direz-vous ? A vrai dire et à première vue non, ma foi, non. Une telle recherche paraît louable.

HPIM0139Très vite cependant un problème surgit. Si l'on recherche la vérité c'est bien qu'elle est censée exister, même si elle demeure dissimulée dans quelque cerveau humain, dans quelque forme divine, dans quelque organisation sociétale ou politique.
    Si tel est bien le cas alors non seulement il faut la rechercher et ne négliger aucun effort pour la mettre en évidence mais une fois qu'on la croie découverte, il faut aussi en faire profiter tout le monde ou à tout le moins ses proches, ses amis, ses confidents, son petit groupe. Il faut leur faire admettre qu'elle doit s'imposer pour le bien de tous - de gré certes - mais sinon, pourquoi pas par la force ?

Et c'est alors que rien ne va plus. Quelque chose a mal tourné ; à vouloir faire le bonheur des autres et le sien propre on a institué un système de pensée et de vie ; non point un ordre hiérarchique ou le mérite personnel - c'est à dire l'effort accompli sur soi-même pour progresser dans la connaissance de soi et de telle ou telle discipline - permettrait d'évoluer au sein d'une société démocratique, mais un manichéisme subtil qui veut tout ordonnancer, tout répartir, tout juger selon que l'on détient LA vérité ou que l'on en est privé.

Je crois que ce qui importe est tout autre. Ce qui mérite effort, ce qu'il faut chercher à instaurer c'est le droit de questionner, de s'interroger, de forger sa vérité à force de réflexion et de silence, d'erreurs et de découvertes, c'est le droit irrémédiable de poser des questions même si aucune réponse ne peut être proposée, c'est l'exigence du droit au respect de soi même et des autres.

Ceci posé, on partira à sa recherche ; sachant qu'elle ne peut être que relative, éphémère, de passage en quelque sorte. Si à un instant elle est lumière  elle ne peut aucunement instaurer des ténèbres éternels.
Elle exige un questionnement éthique et politique mais ne peut en rien violer la sphère de la vie privée.

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