30 mai 2009
aux détours infinis
La pluie cette nuit criaille à mes fenêtres
Repliées, endiguées,
nos heures -aux volutes défaites-
arc-boutent leurs ombres.
Insoumises, acharnées,
d'espaces en espaces
nos mémoires s'aventurent
où rôde le divin.
Sans trêve, sans répit
mes traques -de rêve en rêve-
débusquent l'infini
des maelstroms dérivent, se détournent, s'enfouissent
- aux flagrances indicibles -
Parenthèses trop étroites à nos corps accomplis
des céruses argentées
dessinent nos limites
un instant oubliées
Encombrées pourtant,
nos âmes insatiables
à jamais se repaissent
de la mémoire des temps.
08 août 2007
les sentiers du samedi : promenade dans un tableau.
tableau d'un samedi
Le parcours vers le nord s'annonçait difficile. Si les premières heures de marche avaient permis de se déplacer dans un espace sans surprise où il avait fallu prendre garde aux rares nappes de sable mouvant facilement repérables au gris argenté de leur surface, il n'en serait plus de même maintenant qu'il fallait aborder les pentes du contrefort.
Comme toujours, les trois épis aux ombres erratiquement figées serviraient de repère. Ils marquaient la limite entre le territoire glacé uniformément crépusculaire que l'on venait de parcourir et l'espace sableux frappé d'une lumière aveuglante où la chaleur n'offrait aucun répit. Là, plus aucune ombre ne se dessinait, aucun refuge ne permettait d'envisager la halte tant souhaitée.
Les deux précédentes tentatives avaient hélas montré qu'il ne fallait ni suivre la bordure de pierre qui s'étirait vers les deux épis, ni longer la courbe qui remontait à l'est jusqu'aux tout premiers édifices. Il fallait, cette fois-ci, s'engager au milieu de l'espace ensoleillé, vide de tout repère, marcher et pénétrer dans ce désert, marcher encore pour le franchir jusqu'à ce qu'enfin, peut-être, on atteigne la pointe triangulaire de ce qui prenait la vague apparence d'une ville.
Curieusement, j'avais du mal à me souvenir de ce qui était advenu lors des deux premières tentatives. Ce qu'il en serait cette fois-ci, je n'en avais pas la moindre idée.
Qui pourrait prévoir cet avenir ? Qui pourrait dire ce qui m'attendait ?
Vous peut-être ?
03 juin 2007
Paysage ou pays...sage ?
tableau d'un lundi
Paysage d'un pays sage ? le mien, c'est heureux, ne l'est pas.
Sa jeunesse le prouve qui refuse normes et contrats avec un entêtement roboratif.
je ne juge pas ici du bien-fondé des offres ni de l'honnêteté résignée de certains, ni de la ruse évidente d'autres, ni de la médiocrité de ceux qui proposent le bonheur d'un rassurant premier salaire, ce salaire nécessaire mais qui à tout instant - économie faisant loi - pourra être retiré.
Je regarde certains, jeunes et tribuns, en quête de reconnaissance médiatique qui, se lançant des pavés verbaux, se réjouissent : "Plus on me verra, plus je serai",
Je regarde d'autres, à l'eros fatigué, trop vieux mais toujours tribuns, qui s'exclament "tant qu'on me verra je serai encore",
Je regarde aussi ceux qui, encagoulés, exaspérés d'être et d'avoir si peu, fondent leur existence sur leur violence,
Je regarde enfin ceux et celles qui - individus l'instant d'avant - devenus foule, s'enthousiasment de leur force, s'enivrent de leur allégresse, rient ensemble de leurs inquiétudes, s'épaulent et s'appuient sur leurs espoirs partagés.
De ceux-là je me dis que leur folie est sage.
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Ecrire ceci me donne envie de tenter une expérience. Je proclame donc avec grand sérieux :
"il n'est pire pays qu'un pays sage"
Cela a un sens, n'est ce pas ? On pourrait même dire que ça sonne assez bien. Mais, après avoir proféré cette affirmation anonyme, je décide de la faire précéder du mot "Dicton" lui donnant ainsi le poids de la sagesse populaire. Puis, expatriant cette formule, je lui donne une vibration supplémentaire en l'exprimant en anglais : "There's no worse country than a wise country." Enfin, après lui avoir attribué la paternité factice d'un...Oscar K. Field, sociologue, qui l'a mise en exergue dans son ouvrage réputé Memoirs of the Cyclop Pëdia, je la rapatrie, ennoblie et en fait un slogan reconnu et apprécié par tous ceux qui jamais n'oseront avouer n'avoir rien lu d'O.K.F.
Serait-il donc impossible de savoir si on se fait rouler dans la farine ? Non, il suffit de s'y rouler soi-même...




