23 juin 2009
Querencia
être et dire : je suis
**
Homme, brin d'herbe passé à l'outremer
cristal à l'écho grêle
qu'efface malvenu un féroce lointain
**
quand lys et orchidées accordent leurs arômes
un instant enivrée ta mort s'interrompt
**
les brisures de tes mondes, dissonances telluriques
entrechoquent et éprouvent leurs masses insensées
**
Sur la nacre des vents tes paroles se gravent
sculptent tes pensées
qui advenues se dispersent
éternel pourtant
semblable et différent
homme
tu demeures
et tes chairs polychromes embrasent l'horizon
**
Or je suis cet homme à la peau de marbre
et je suis cette femme au corps d'ébène moiré
je suis cet Asiate aux yeux de lune première
dont le regard débusque des loups enneigés
je suis le premier homme et la première femme
le vieillard et l'enfant
meurtri et comblé
je suis l'assassin que victime je recherche
le cadavre rutilant aux atomes démêlés
je vais vers moi
et de moi je repars
enrichi de nos sangs que les siècles accumulent
mes strates innombrables
érigent nos univers
**
Je suis la pierre, l'air, le bois, l'eau et le feu
unique sans être même
réprouvé et vainqueur
**
j'étais comme nous étions
je suis ce que nous sommes
serai comme nous serons
Impassible
je recherche
la querencia immobile sur la ligne du temps.
dessin de Cyrille Hassoun © CH
Commentaires
Tel qu'en toi-même
Mon cher Paul:
Je te trouve ici tel qu'en toi-même: maître du style, penseur d'une tristesse déchirante qui refuse, pourtant, de succomber au désespoir, musicien de la langue française, humaniste qui compatit à notre condition tragique. Comme le bon vin, tu deviens meilleur avec l'âge.
Ton admirateur de longue date
Lenny
à Lenny
Mon bon Leonard, c'est une joie de te recevoir, ami fidèle et nouveau venu dans cet espace, où la distance est abolie. How's Toronto those days ?Comme le vin je me bonifie, dis-tu ? Sans doute, mais il est des bouteilles que l'on ne peut plus boire quand trop d'années se sont écoulées. On les garde, on les remise, on les admire, mais empoussiérées,vides de leur nectar elles sont sagement rangées dans les archives de l'humanité...
"Sur la nacre des vents" je boirai ton silence et si tu comprends mon propos, tu es très fort ...
Je persiste et signe
Mon cher Paul:
Tu n'es ni empoussiéré ni vide de ton nectar. Bien au contraire! Ta réflexion si triste provient de ta modestie et de ton pessimisme à l'endroit de notre condition, pessimise trop souvent justifié, hélas. Mais sur ce site, la vigueur de ta pensée éclate de nouveau.
Des nouvelles de Toronto: une grève des éboueurs qui commence à empuantir la ville. Elle risque d'être de longue durée en raison de l'obstination pathologique et des administrateurs et des grévistes. J'ai toujours détesté l'idée qu'une minorité ait le droit de rançonner la majorité, et qui paie leurs impôts malgré l'arrêt des services. Le ramassage des ordures devrait être considéré un service essentiel. Nous, à Mississauga, sommes chanceux parce que nous constituons une ville plus ou moins autonome.
J'attendrai impatiemment ton appel. Si tu téléphones à 19 heures chez toi, il devrait être 13 heures chez nous, ce qui sera parfait.
Je t'embrasse très, très fort, ainsi que Lilia et Cyril.
Ton frère Lenny
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